10 septembre 2008
Jean-Marc Ayrault : Derrière les bons sentiments, la soumission à l'OTAN
Visiblement, cumuler les fonctions de maire, député, président de la
communauté urbaine de Nantes et président du groupe PS à l'Assemblée
nationale ne suffit pas à l’insatiable Jean-Marc Ayrault. Il faut
croire qu’il lui reste des ambitions non satisfaites, puisqu’il vient
de fournir aux puissants du moment quelques solides gages de
bien-pensance.
En juillet, le dirigeant socialiste a surfé sur le tsunami Betancourt, personnage politique colombien de troisième zone, dont la médiatisation s’expliquait surtout par son appartenance à la haute bourgeoise mondiale et ses relais parisiens. Icône de la liberté selon les critères en vigueur, Ingrid Betancourt, au fond, n’était qu’un otage parmi d’autres – mais le maire de Nantes a tenu à faire savoir combien il la chérissait.
Dans la foulée, en août, il a reçu le Dalaï-lama, pantin folklorique financé par les États-Unis depuis la guerre froide pour déstabiliser la Chine. Voilà une autre incarnation du Bien et donc un autre client pour M. Ayrault, qui court derrière les médias aux ordres comme un chien derrière les poubelles – on ne sait jamais, il va peut-être en tomber quelque chose d’appétissant...
Ce n’était pas encore assez.
Le 2 septembre, notre homme s'est rendu à Tbilissi
- ville jumelée avec la sienne - en vue de rencontrer le président
géorgien Mikheil Saakachvili – le véritable responsable du conflit
russo-géorgien. Ce faisant, il est allé serrer la main à un criminel de guerre. M. Saakachvili a en effet attaqué l'Ossétie du Sud, province séparatiste sous la protection de Moscou en vertu du droit international.
M. Saakachvili a agressé une population civile. M. Saakachvili est le
fauteur de la guerre récente. Lui, son gouvernement, et pas le
gouvernement russe, qui n’a fait que défendre un petit peuple agressé
lâchement.
Mais peu importe, sans doute, au maire de Nantes. Dans la France de Nicolas Sarkozy, lorsque le Kosovo est proclamé indépendant au mépris des résolutions de l’ONU, on nie allègrement le principe d’intégrité territoriale des nations. Et dans cette même France sarkozyenne, lorsqu’avec l’aide des USA et d’Israël, un petit dictateur caucasien déclenche une épuration ethnique, on se revendique de ce même principe d’intégrité territoriale pour défendre l’agresseur contre l’agressé. Il faut s’y faire : dans la France de Sarkozy, l’OTAN a toujours raison, et donc ses ennemis ont toujours tort. Dans la France de Sarkozy, la Russie indépendante est accusée d’impérialisme, tandis que la Géorgie soumise aux intérêts américains se voit décerner la palme du martyre.
Soyons clair : M. Ayrault sait que son pays est sous la coupe de l'OTAN, et s’il est allé à Tbilissi, c’est en bon petit laquais, pour se faire bien voir de l'Occupant. Conscient des rapports de force au sein de la classe politique française, ce « socialiste » est allé, à Tbilissi, chercher son brevet de gaucho-sarkozysme.
Nous nous associons bien sûr à la douleur du peuple géorgien, et nous
respectons son deuil. Mais que M. Ayrault ne vienne pas nous dire qu’il
s’est déplacé dans le Caucase et qu’il a récolté 30 000 euros aux
frais du contribuable nantais, parce qu’il aime la Géorgie.
Dire cela, c’est se moquer du monde. Ayrault est allé à Tbilissi parce
qu’il sait que le PS est devenu la marionnette de son adversaire
proclamé. Ayrault est allé à Tbilissi parce qu’il veut garder ses
bonnes places, en prendre d’autres si possible – et pour cela, il lui
faut souffler dans le sens du vent, lécher les bottes des atlantistes
et jouer les Sarko de gauche !
Voilà de quoi il s’agit. Le reste, c’est de la littérature.
ER Loire-Atlantique
En complément :
- Un chèque de 30 000 € aux réfugiés de Tbilissi, Ouest-France, 04/09/2008
- Géorgie: «Il faut des observateurs européens !», Ouest-France, 08/09/2008
07 juillet 2008
Sur la libération miraculeuse d'Ingrid Betancourt, par Jean-Claude Martinez
Pour contraster avec la solennité observée chez Jean-Marc Ayrault le 3 juillet dernier, à l'occasion de la descente du portrait d'Ingrid du fronton de l'hôtel de ville nantais [encore lui], offrons à lire le point de vue autrement moins religieux de Jean-Claude Martinez sur la libération de la bomba latina préférée de nos élites dégénérées.
La très belle nouvelle de la libération d'Ingrid Bétancourt et de sa santé merveilleusement rétablie me comble de joie.
Il faut féliciter le professionnalisme des grands soldats de l'armée colombienne et surtout leur service de santé qui, en quelques heures, a permis à l'Ingrid Betancourt de la cassette vidéo, à la santé chancelante qui nous avait tant émus, de redevenir la grande figure politique tant admirée donnant une longue et brillante conférence de presse internationale.
Pour cela, nous souhaitons que les valeureux libérateurs colombiens d'Ingrid Betancourt ne subissent pas demain le sort du préfet Marchiani, libérateur, lui, de nos otages au Liban et remercié par son emprisonnement actuel.
Nous félicitons tous le Président Sarkozy qui, en dépit des "caisses vides" et de "la France en faillite", a pu permettre à Mélanie, son petit frère Lorenzo, leur petit cousin, leur tata et tous leurs amis, de ne pas avoir dû attendre huit heures interminables pour le départ quotidien de l'avion de ligne Paris – Bogota et d'avoir pu vite sauter dans un avion spécial de la France, pour aller retrouver leur maman dans la petite maison, enfin heureuse, de leur courageuse famille, membre du top des grandes fortunes et des oligarques latino-américains.
Nous, tous les Languedociens et Catalans, nous nous réjouissons que notre pays ait pu consacrer à la réalisation de cet événement émouvant une enveloppe budgétaire supérieure à celle qui vient d'être affectée aux milliers de nos vignerons en grande difficulté, pris en otage par le libre-échange planétaire.
Notre bonheur à tous est d'autant plus grand qu'enfin libérée, Ingrid Betancourt va pouvoir reprendre la noble lutte qu'elle a toujours menée pour obtenir de ses proches de l'hyperclasse la libération des enfants esclaves des mines, des travailleurs asservis dans les bananeraies de Chiquita, des femmes brisées dans les serres à roses ou les champs et de tous les travailleurs indiens ou non de l'Amazonie, des plateaux andins ou des favelas, dont les conditions de vie inhumaines, depuis toujours, ont servi de terreau à la révolte des FARC et des autres mouvements qui les ont précédés.
Cette libération tant attendue de la maman de Mélanie, augure bien de la présidence française de l'Union européenne qui va pouvoir maintenant se consacrer à d'autres libérations, celles des millions de femmes et d'hommes à la vie et à l'avenir pris en otage par les politiques économiques malthusiennes stupides de l'Union européenne. Je pense à nos paysans, aux victimes des délocalisations, à nos compatriotes malades enfermés dans l'angoisse de nos hôpitaux sous-équipés, tout comme aux papies et mamies, oubliés dans des maisons de retraite de la honte, jusqu'à y être 14 803 à en mourir de soif en août 2003. Juste au moment où Ingrid Betancourt recevait, elle, Dieu merci, de ses geôliers de l'eau pour s'hydrater et des dirigeants français le bénéfice d'une noble mobilisation, à 6 000 km de distance, pendant qu'ils oubliaient, en revanche, de s'intéresser à la vie de nos compatriotes âgés qui mouraient, eux, juste à leur côté.
Jean-Claude Martinez, professeur agrégé de droit public et de sciences politiques, député européen.
